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Quand on aime...
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Le Lion de saint Marc Et si ce n'était pas un
lion ? Cette question, les vénitiens se la posèrent subitement alors que,
par une délibération du Grand Conseil (Maggior Consiglio) en 1293, il fut
décidé que devait être restaurée la statue en bronze qui, encore
aujourd'hui, domine la Piazza San Marco depuis l'une des deux colonnes de
granit (l'autre est la colonne de saint Théodore). Nous parlons de
l'oeuvre la plus mystérieuse et la plus légendaire de Venise. D'autant
plus qu'elle fait référence au symbole même de la cité. Le lion placé sur
la colonne est une énigme non éclaircie même par les plus récentes études
qui n'ont pas su déterminer la date de sa fabrication ni sa provenance.
Nous avons seulement des hypothèses, même si elles sont bien
argumentées. Evoquons d'emblée la plus accréditée : le lion est un hybride
de lion et de griffon, réalisé lors de la première période hellénistique
orientale, par un artiste grec ou greco-ionien, entre la fin du 4ème et le
début du 3ème siècle avant JC.
Il s'agirait d'un monument dédié à Sandon, divinité païenne protectrice
de la cité de Tarsus en Cilicie qui, de nos jours, est une région de la
Turquie. Selon les études archéologiques, il y avait là-bas, vers le 3ème
siècle, un monument dans lequel la divinité apparaissait sur un grand lion
ailé et cornu, d'aspect comparable à celui du lion de saint Marc. Tarsus
fut siège épiscopal au moins jusqu'à la fin du 4ème siècle et il est
plausible que cette statue ait été abattue parce que païenne, et réduite à
une simple représentation léonine (un griffon avec une tête de lion). Les
marchands vénitiens, prompts à rapporter dans leur patrie de beaux objets
trouvés dans d'autres pays, fréquentaient de manière assidue, jusqu'au
11ème siècle, le golfe d'Alessandrette ; et, au 13ème siècle, ils avaient
établi un bailli (bailo), des magasins (fondaco) et une église dédiée à
saint Marc à Ayas (près de l'antique Issus), connue par les vénitiens sous
le nom de Laiazzo ou Giazza. La cité, du reste, était située le long des
chemins de la route de la soie et c'est de là que partaient les Marco Polo
pour leurs voyages vers l'orient. Il est donc probable que, au cours du
12ème siècle, les vénitiens entrèrent en possession d'une statue (qui
avait déjà perdu son caractéristiques rattachées à Sandon) dans une cité
côtière du proche orient. Mais cet étrange lion avait d'autres attributs.
La morphologie du faciès, plus humaine qu'animale, et la présence des
ailes, feraient remonter les études vers une statue d'extrême orient, ou
bien vers un monument babylonien.
Mais arrivons à aujourd'hui. Ou mieux, en 1797, le 12 mai, lorsque
chuta la république aristocratique de Venise. Avec l'arrivée de la
démocratie, furent détruits, dans une furie iconoclaste de la Municipalité
Provisoire (Municipalità Provvisoria), d'innombrables lions de saint Marc,
symboles de la Sérénissime. Les Français
emportèrent le bronze à Paris (en même temps que le quadrige de la
Basilique) où il resta jusqu'en 1815, avant de revenir ensuite à Venise.
En deux mille ans d'histoire, le lion reçut au moins cinq restaurations et
modifications et ceci fut la cause de la difficulté à en attribuer
l'origine. Assez étrangement, il n'y a pas de trace écrite du lion ailé
avant 1293.
Les historiens, du reste, sont d'accord pour retenir que l'origine du
culte à saint Marc remonte à la fin du 8ème siècle.
A Venise, Marc prit la place du saint-guerrier gréco-byzantin Théodore,
lui aussi sur la colonne du Môle de la Piazza. Egalement pour conforter
les légendes de la prédication de l'évangéliste dans les îles du Rialto et
pour sa dimension anti-levantine, vu qu'il avait été enseveli à Alexandrie
d'Egypte et que ses restes avaient été rapportés à Venise par deux
marchands qui avaient mystifié les musulmans en usant d'un expédient.
Et avec Marc arriva aussi le Lion rugissant, symbole du courage et de
la force de la cité, qui l'adopta comme représentation d'un animal d'eau
et de terre, pour souligner sa puissance sur les mers et sur la terre
ferme ; avec le livre ouvert, annonciateur de paix (Pax tibi Marce
Evangelista meus), ou fermé, brandissant de sa patte l'épée dégainée, en
temps de guerre. |

Les hypothèses
De gauche à droite : Monument de Sandon à Tarse - Monument d'Ishtar à Babylone - IV° VI° siècle - XII° siècle - 1293 - 1816 & 1892
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